Pétrir la pâte

Un autre monde – Alfons Cervera

Un autre monde – Alfons Cervera

Couverture Un autre mondeIl y a des livres qui laissent une empreinte indélébile dans nos mémoires, sans qu’on sache vraiment comment les raconter. Un autre monde, le nouveau roman d’Alfons Cervera publié par La Contre Allée, est de ceux-là. Et de mémoire, il est justement question, comme souvent chez cet auteur. Un autre monde ? Peut-être celui qui aurait pu exister si son père avait fait partie du clan des vainqueurs, si la guerre avait été remportée par son armée. « Ceux qui ont gagné la guerre n’ont pas bâti le temps de leur victoire sur l’illusion magique d’une métaphore » écrit l’auteur, en réponse à Faulkner. Des papiers, découverts par hasard peu avant le décès de sa mère, jettent le doute : condamnation, prison, libération ? Le père n’en a jamais parlé. Le père n’a jamais beaucoup parlé. Pétrissant la pâte à pain dans un silence implacable, l’énergie toute entière dans ses mains, au petit matin.

« Aucune vie n’existe, aucun voyage. Seul existe ce que nous en racontons. » Alors Cervera couche les mots sur le papier, pour faire exister ce père mystérieux, pour retrouver l’enfance, les voyages, les errances. Pour entrapercevoir sa silhouette sur les planches du théâtre, où il se métamorphosait. Pour comprendre peut-être, pour se souvenir, c’est sûr. Et nous, on se laisse porter de phrase en phrase, délicatement, avec la sensation intime que ces mots là, eux, sont éternels.

Un autre monde, d’Alfons Cervera (traduit de l’espagnol par Georges Tyras), La Contre Allée

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